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Docteur Albert THIERRY (Centre de rééducation fonctionnelle de COUBERT) "l'entretien fonctionnel du blessé médullaire" (readaptation n°481 - juin 2001)


Après la période de rééducation et de réadaptation dans un service spécialisé, le patient paraplégique ou tétraplégique doit avoir acquis une autonomie optimale pour les activités de la vie quotidienne.

L'objectif de l'entretien fonctionnel doit être de garder l'autonomie acquise le plus longtemps possible, voire de l'améliorer. En cas de dépendance complète, c'est La charge de travail de La tierce personne qui ne doit pas augmenter. Le niveau d'autonomie atteint et l'entretien fonctionnel nécessaire sont fonction du niveau et du degré de l'atteinte neurologique mais différents facteurs associés ont une incidence importante, comme l'âge, les pathologies orthopédiques ou générales, le poids et enfin l'état psychologique et cognitif qui conditionnent les possibilités d'adaptation, d'apprentissage, de motivation et d'estime de soi. D'autres facteurs comme l'accessibilité du domicile, La qualité de l'environnement social et familial et l'organisation du suivi médical sont également essentielles.

 

Le contenu de l'entretien fonctionnel repose sur 3 grands axes

1. L'entretien orthopédique comprend le maintien d'une bonne souplesse articulaire et d'une bonne extensibilité musculaire, il faut mobiliser et postuler les articulations mais aussi étirer les différents groupes musculaires, les exercices sont effectués par le kinésithérapeute ou par le patient lui-même quand il en est capable, Les risques d'hypo-extensibilité musculaire et d'ankylose articulaire surviennent préférentiellement lorsqu'il existe un déséquilibre de force entre des muscles agonistes et antagonistes, une hypertonie musculaire (spasticité ou contractures), ou bien une pathologie articulaire (arthrose, ostéome...) , C'est l'état orthopédique qui conditionne, entre autres, l'installation et la déambulation en fauteuil roulant, la survenue de complications cutanées, l'autonomie pour l'habillage et les transferts ainsi que la prise d'appuis sur les membres inférieurs quand la marche reste possible. En pratique, les risques les plus importants sont le flexum de hanche, l'équin de cheville, la rétraction des ischio-jambiers, l'enraidissement des orteils, la pathologie de la coiffe des rotateurs chez le paraplégique.

2. Le maintien, voire le renforcement des capacités motrices restantes (force et coordination) est fonction du niveau et de l'importance de l'atteinte neurologique. La ceinture scapulaire et les membres supérieurs sont essentiels pour les capacités de transferts et de déambulation chez le paraplégique et le tétraplégique. Le membre supérieur et la main le sont pour les capacités de préhension du tétraplégique. Chez le patient incomplet et marchant, il faut renforcer des différents groupes musculaires restant tout en évitant d'induire un trop grand déséquilibre de force, source de déformations orthopédiques. Le contrôle de la spasticité et des contractures est primordial car conditionnant la coordination des gestes des membres supérieurs et l'équilibre debout ainsi que la marche. Les moyens sont basés sur le renforcement musculaire global et analytique pratiqué par le kinésithérapeute ou par le patient, mais le plus important reste la pratique quotidienne des activités fonctionnelles utiles comme les transferts, les soulèvements réguliers, la déambulation.

3. L'entretien de la condition physique générale et le contrôle du poids peuvent l'un et l'autre conditionner l'autonomie malgré un bon état orthopédique et une force correcte. La vie quotidienne ne suffit pas et un travail supplémentaire est conseillé. Il consiste en la pratique du fauteuil roulant sur de longues distances, la pratique de la marche ou le pédalage lorsque cela est possible, la natation est également recommandée. L'objectif est d'atteindre une endurance optimale permettant de diminuer la sensation de fatigabilité au repos et à l'effort, ce type de travail permet également de limiter les facteurs de risques cardio-vasculaires à long terme. La pratique d'exercices respiratoires et l'activité physique sont essentiels pour maintenir une capacité pulmonaire de bonne qualité. La tendance naturelle à la prise de poids précoce doit être combattue par un régi- . me adapté aux dépenses énergétiques. En pratique, l'évaluation du poids et de la masse adipeuse sont les critères de suivi.

Les acteurs de l'entretien fonctionnel et leur rôle respectif

1. Le patient doit connaître, comprendre et mettre en pratique les différents points techniques, il doit s'organiser pour les appliquer après son séjour en rééducation. Seuls les patients très dépendants physiquement ou incapables de se prendre en charge pour des raisons psychologiques ou cognitives ne peuvent partiCiper à cette auto-rééducation.

2. Le kinésithérapeute libéral fait la rééducation mais doit également conseiller, contrôler et corriger l'auto-rééducation. Il suit l'évolution orthopédique, neurologique et fonctionnelle, afin que les décisions thérapeutiques puissent être prises suffisamment tôt.

3. La famille peut aider le patient quand celui-ci n'assume pas seul l'auto-rééducation et la surveillance.

4. Le médecin contrôle la survenue de complications médicales.. entravant l'autonomie (raideur, spasticité, douleurs, diminution de force, fatigue, perte de condition physique, prise de poids) et peut proposer un traitement adapté. Il peut également organiser un séjour en milieu hospitalier pour faire un bilan et parfois reprendre une rééducation en cas de perte d'autonomie notamment après une complication médicale ou un décubitus prolongé.

5. Sur le plan social, il faut signaler la place importante de la pratique sportive qui permet d'associer les 3 points vus plus haut. Des études démontrent que le sport permet, à un niveau de déficience égal, d'être plus autonome dans les activités de la vie quotidienne.

 

Quand faut-il arrêter la kinésithérapie d'entretien à domicile?

1. Quand il n'y a plus de problème orthopédique, neurologique ou fonctionnel complexe et nécessitant des techniques de rééducation réalisables uniquement par un kinésithérapeute.

2. Quand le patient maîtrise l'auto-rééducation et l'entretien physique, en terme de connaissance pratique, d'organisation et de motivation.

3. Dans certaines situations, il est fortement conseillé de maintenir une rééducation au long cours au moins 2 fois par semaine, notamment chez les sujets âgés, les patients atteints de troubles cognitifs (traumatisme crânien ou déficience mentale associés), les patients atteints de problèmes psychiatriques(dépression et psychose), les patients en état d'isolement social et familial, et enfin dans les cas où l'état respiratoire reste précaire.

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