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Jean BARUCK (Président de l'UNAFTC) - solitude et solidarité (resurgences décembre 2002)


SOLITUDE ET SOLIDARITE

Tout récemment un père de famille me disait que son fils traumatisé crânien, après avoir passé plusieurs mois dans un centre de rééducation, avait eu la chance de vivre plus d'un an dans un foyer d'accueil spécialisé, où il avait pu progressivement évoluer et retrouver un certain goût à la vie. Après réflexion il a voulu, en accord avec ses parents et les responsables du foyer, revenir chez lui, dans le milieu de vie qu'il avait connu dans son adolescence, et où il avait beaucoup de copains. Il y est revenu. .. mais il fait l'expérience de la solitude... Les copains, ils existent toujours, mais ils sont venus le saluer une fois, deux fois et puis après rien. .. Le vide.

Les liens sont coupés une fois de plus. Il fait l'expérience que beaucoup de traumatisés crâniens font avec leurs familles .. c'est la solitude.

Et pourtant peut-on vivre sans lien, sans solidarité?

Le traumatisme crânien, c'est la personne qui subit, certes, un préjudice en terme juridique par la faute de quelqu'un ou par sa faute. Mais surtout c'est une personne qui a connu une rupture dans son histoire personnelle. Pour elle, il y a un avant et un après. La vie est bouleversée.

Il a connu, et ses proches avec lui, une sorte de mort d'où il a fallu sortir et renaître. Mais de quelle renaissance s'agit-il ? De quelle vie?

La vie n'est plus la même, elle n'a plus le même goût et pourtant elle est là, elle n'a pas été supprimée. Elle a un autre contenu et un autre sens

Peut-on encore vouloir apporter de la vie à la vie, quand celle-ci est brisée, bouleversée, choquée? Et pourtant, toutes les revendications des traumatisés crâniens, tous leurs désirs sont souvent des besoins de vie. Ces personnes qui sont toujours là sont avant tout des personnes, des êtres humains qui continuent d'appartenir de façon pleine et entière et indiscutable à une humanité commune

La grosse blessure est la blessure des liens qui engendre trop souvent la solitude. Ils ne vivent plus dans une vie solidaire. C'est-à-dire une vie où la solidarité n'est pas un mythe, où les hommes s'accordent une aide mutuelle, tissent entre eux des liens, une toile

Mais dans la solidarité il faut que tout le monde apporte quelque chose. Il n y a pas que ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. On pense toujours que le blessé ne peut rien apporter. S'il est seul c'est parce que les autres ne savent pas ou ne veulent pas qu'il apporte. Ah oui, s'il a de l'argent, un capital alors il sera considéré comme une part de marché intéressante! Il ne s'agit pas de cela.

Le traumatisé crânien, personne toujours vivante, est porteuse non pas de liens matériels quantifiables, mais d'humanité.

Il faut savoir l'écouter, le regarder et tisser des liens avec lui. Alors on découvrira vite qu'il est en mesure et en potentialité, malgré sa blessure, d'apporter à notre société des valeurs d'humanité qui sont négligées, et abandonnées par le technicien moderne qui caractérise le monde d'aujourd'hui.

Dans la vie, ils permettent de relativiser les valeurs, les fruits de la course à l'argent, à la réussite, à l'excellence matérielle.

Dans la vie, ils permettent de rappeler que la loi du plus fort, du plus beau, du plus intelligent, du plus rapide, du plus efficace n'est pas forcément la meilleure loi au service des hommes et de tous les hommes.

La solidarité est un mot qui revient souvent dans le langage courant et dans les discours. Mais quel est son visage pour les traumatisés crâniens et leurs familles ?

Les traumatisés crâniens, souvent seuls, abandonnés, mis à l'écart, le plus souvent oubliés, n'attendent pas d'être assistés mais ils désirent au fond d'eux-mêmes vivre malgré leur blessure dans un courant de solidarité fOndé sur les Droits de l'Homme, parce qu'ils appartiennent de façon pleine et entière et indiscutable à une humanité commune. La société c'est aussi la leur.

Jean BARUCQ. Président de l'UNAFTC

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