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Revue l’IRME N°39 Octobre 2012 - PSYCHOCLINICIENNE


Psychoclinicienne

Revue l’IRME N°39 Octobre 2012

Merci de nous avoir reçu ; l'IRME vous le savez aide depuis plus de vingt-cinq ans les traumatisés crâniens et médullaires et consi­dère avec beaucoup d'intérêt tout ce que vous faites.

Après un DESS Psycho clinique, Sylvie s'est orientée très vite vers la gestion du personnel ainsi que le recrutement dans le secteur de l'aide à domicile. Comme les profils rencontrés ne lui convenaient pas, elle décide de faire de la formation auprès de ce public.

Elle a ensuite changé de secteur car l'opportunité d'avoir un poste à l'AFTC13 s'est présentée à elle. Elle y travaille deux ans à mi-temps et passe pendant cette période le DU TC.

On lui a ensuite proposé un poste au SAMSATC-CL13, en temps que coordinatrice de relais. Sylvie y travaille depuis deux ans.

La prise en charge des traumatisés crâniens, quelle que soit la gravité du traumatisme initial, est primordiale.

Actuellement, l'IRME mène une étude de prise en charge et rééducation neuropsycho­logique sur des patients ayant subi un traumatisme léger. De précédentes cohortes ont également été étudiées, notamment avec des examens d'imagerie poussés (IRM fonction­nelle, tenseur de diffusion) afin de mieux comprendre l'étendue des lésions, leur méca­nisme et surtout leur évolution à long terme.

Nous avons rencontré Sylvie Liagre, psychoclinicienne afin de comprendre ce que peut être la prise en charge au quotidien, dans un centre spécialisé.

Bonjour, vous êtes psychoclinicienne et votre métier consiste â prendre en charge des personnes traumatisées crâniens. Pourriez-vous expliquer aux lecteurs de la lettre de PERME en quoi consiste votre tâche ?

Le SAMSAHTC-CL 13, service d'accompagne­ment médico-social pour adultes handicapés, est une structure qui prend en charge des per­sonnes traumatisées crâniennes ou cérébrolé­sées.

Nous intervenons suite à une orientation par la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) et avons comme mission d'élabo­rer et de mettre en place avec la personne un nouveau projet de vie.

Les accompagnements durent généralement 3 ans mais nous pouvons si cela est nécessaire demander un renouvellement. Les critères d'en­trée sont :

  • avoir 18 ans ou 16 ans s'il y a une déscolari­sation ;

  • habiter un secteur couvert par un relais. Il y a 6 relais dans le département (Marseille Nord et Marseille Sud, Aubagne-la Ciotat, Pays d'Arles, Aix en Provence, Étang de Berre) ;

  • présenter une cérébrolésion ou un trauma­tisme crânien ;

  • avoir une orientation de la MDPH.

Les 6 relais fonctionnent sur le même mode avec :

  • une équipe de proximité composée de trois professionnels permanents : une coordinatrice, un chargé des actions collectives et un chargé de réadaptation sociale,

  • une équipe santé : un médecin de MPR (mé­decine physique et de réadaptation), une infir­mière et un ergothérapeute.

Le but de l'accompagnement est d'amener la personne à l'élaboration d'un nouveau projet de vie en adéquation avec ses nouvelles capaci­tés. Nous proposons un suivi individualisé, avec une évaluation des besoins, une coordination du parcours de soin, l'organisation de temps collectif en vue d'une diversification de la vie sociale.

Combien de patients voyez-vous Les suivez-vous régulièrement ?

Nous suivons sur le relais de Marseille Sud une trentaine de personnes. Notre fonctionnement se fait en « file active ». ll n'existe pas de liste d'attente et toute personne orientée, correspon­dant aux critères, est suivi par notre service. Dans certains cas, les orientations ne sont pas pertinentes et la personne n'est pas accompa­gnée.

Les rencontres avec la personne varient selon la lourdeur des séquelles, l'environnement favo­rable ou non, le projet entrepris... Certaines sont rencontrées toutes les semaines d'autres tous les 3 mois. Il n'y a pas de règle. Mais une prise de contact (téléphonique) est effectuée tous les mois.

Le début de l'accompagnement nécessite un investissement collatéral important, une bonne connaissance de la situation du point de vue des séquelles, de la famille et de l'entourage ; ceci nous permet de mettre en place un travail de qualité aboutissant à un projet fidèle aux at­tentes de la personne.

Voyez-vous surtout des traumatisés crâniens légers ?

Très peu et c'est même le cas contraire. Les orientations sont généralement faites pour des personnes aux séquelles lourdes et invalidantes. Il peut néanmoins nous être orienté des TC légers, le travail est tout aussi contraignant et difficile du fait de la non acceptation du handi­cap par la personne elle-même et son entou­rage.

Quel est l'origine des traumatismes que vous analysez ? Quel âge moyen ont vos patients ?

La plupart des personnes orientées sont des hommes : 75 % et ayant pour la moitié entre 25 et 35 ans.

70 % sont des accidents de la voie publique : voiture, moto, scooter ou piéton.

20 % sont des AVC et tumeur au cerveau.

Chaque traumatisé crânien est un cas différent mais arrivez-vous à soulager tous les patients que vous recevez ?

La difficulté majeure est l'acceptation du han­dicap. Sans cette notion et ce travail, l'accom­pagnement effectué est laborieux et difficile. Souvent, la première étape de notre engage­ment consiste à amener la personne à une confrontation avec sa situation, pour une prise en compte active et constructive de son état. Ainsi, nous nous appuyons sur ces difficultés et pouvons avec la personne réinvestir un nouveau projet de vie en lien avec les restrictions liées à son handicap.

L'anosognosie (non prise en compte de ses incapacités et difficultés, la personne pense fonctionner « comme avant ») est une notion côtoyée fréquemment qui rend notre travail dif­ficile ; la personne n'étant pas consciente de sa situation réelle.

La guérison est-elle possible ?

Non, c'est un peu brutal mais réaliste. Par contre, des progrès et des améliorations peuvent être vus de longues années après le trauma. De nombreux moyens de compensation peuvent être mis en place pour améliorer le quotidien de la personne et la rendre ainsi plus autonome.

Dans quel domaine vous sentez-vous le plus utile ?

La prise en charge globale de la personne que nous accompagnons nous permet une évaluation fine de la situation. C'est à partir de là, que la personne avec notre participation, élabore son nouveau projet. Des moments d'interrogations, d'inquiétude et de doute viennent ponctuer la mise en place de ce projet. C'est à ce moment là, que nous devons être vigilants, à l'écoute et dynamique afin que le personne continue sur le chemin choisi sans s'arrêter en route.

Êtes-vous acceptée par vos patients, est-ce difficile de les aborder ?

Dans la grande majorité, l'accueil est convivial. Mais nous pouvons arriver sur des situations qui sont quelquefois « bloquées » avec un senti­ment d'abandon très fort.

Dans ces cas, ma for­mation de psychologue est bien utile. La relation doit s'établir en douceur avec une confiance réciproque à développer.

Quelquefois, les troubles du comportement, l'anosognosie (non prise de conscience de son état réel) ou le refus catégorique font qu'aucun travail ne peut être mis en place.

Quel rapport avez-vous avec la famille ?

Les rapports avec l'entourage en général, sont indispensables. En effet, plus l'entourage est facilitant et rassurant, meilleur sera le résultat obtenu.

Mais nous rencontrons des familles au bord de l'épuisement, en grande attente par rapport à ce que nous pouvons proposer. Des solutions sont à trouver : un travail tripartite est alors mis en place avec la personne, son entourage et le relais du SAMSAHTC-CL.

En conclusion, que pensez-vous de votre métier ? Faut-il le faire connaître ? Doit-on le développer ?

Au sein du SAMSAH, j'occupe le poste de « coordinatrice de relais ». Ma mission est de coordonner toutes les actions mises en place dans le cadre du nouveau projet de vie afin de parvenir à l'élaboration harmonieuse et cohé­rente d'un nouvel espace spécifique à la per­sonne le rendant plus autonome. Ma formation m'est très utile dans cette fonction : tout un tra­vail relationnel est indispensable associé à une connaissance précise du traumatisme crânien, des troubles cognitifs et des troubles apparen­tés.

Le développement de structures comme les nôtres, est d'après moi, indispensable pour faire connaitre le handicap invisible, le prendre en compte et permettre l'intégration dans notre société de personnes en situation de handicap.

 

Le psychoclinicien aide au diagnostic, évalue les souffrances ou les troubles, puis met en place des traitements adaptés grâce à l'entretien clinique, l'observation, les tests...

Les psychocliniciens exercent principalement dans le domaine hospitalier, avec une prédominance de leur travail dans les services de psychiatrie ou de neurologie, mais aussi dans l'aide aux malades (physiques) graves et aux personnes âgées (gériatrie). Il peut y en avoir aussi dans les crèches ou les diverses institutions pour enfants.

Dans le domaine judiciaire il leur est parfois demandé des expertises psychiatriques, d'autres travaillent en milieu carcéral. Après plusieurs années de travail en hôpital, certains se lancent dans une carrière libérale mais gardent des rapports réguliers avec le domaine public, dans l'enseignement ou la recherche.

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