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Caroline GAUTHIER (journaliste) "Intouchables, un juste regard sur le handicap ?" (être.Handicap Information n°119 - mai/juin 2012)


Avec plus de 19 millions d'entrées en France, Intouchables est le troisième plus grand succès du cinéma en France depuis 1945. Cette comédie tente de faire passer un message fort : celui du handicap. Mais cette fiction reflète-t-elle réellement le quotidien d'une personne handicapée ? Alors que le film vient de sortir en DVD, Caroline Gauthier nous donne son point de vue.

Intouchables, un juste regard sur le handicap ?

Source : être . Handicap Information n°119 (mai/juin 2012), page 71

Caroline GAUTHIER

 

 

Avec plus de 19 millions d'entrées en France, Intouchables est le troisième plus grand succès du cinéma en France depuis 1945. Cette comédie tente de faire passer un message fort : celui du handicap. Mais cette fiction reflète-t-elle réellement le quotidien d'une personne handicapée ? Alors que le film vient de sortir en DVD, Caroline Gauthier nous donne son point de vue.

Il est 14 heures, ce 14 novembre 2011. Je me dirige avec mon auxiliaire de vie vers une salle de cinéma. Dehors, la file d'at­tente est interminable. Plusieurs personnes ont été obligées de rebrousser chemin et priées de revenir à une prochaine séance. Je suis ravie qu'on parle enfin du handicap. Les tabous vont commencer à être levés, les gens vont enfin comprendre ce que vit un handicapé à travers le personnage de François Cluzet, qui endosse parfaitement le rôle de Philippe Pôzzo di Borgo, richis­sime patron devenu tétraplégique à la suite d'un accident de parapente.

Les moyens du héros permettent de rêver :

 

D'emblée, on est frappé par le cadre de vie de cet homme "pas comme les autres" : je ne veux pas parler ici de son handicap (c'est en général ce qu'on dit d'une personne handica­pée), mais bien du grand luxe dans lequel il évolue. On aimerait s'identifier à lui... mais la vie de millions de personnes handicapées en France est bien loin de celle-là ! À regarder Intouchables, on pourrait imaginer que beau­coup ont une vie de rêve : une Maserati qui démarre en vrombissant, un jet privé à leur disposition, un auxiliaire de vie qui les porte dans ses bras, du personnel de maison aux petits soins... Hélas, ce n'est pas le reflet de notre vie, ce n'est pas exactement la réalité. C'est juste un rêve inaccessible pour la plu­part d'entre nous, bien loin des méandres et des tracasseries de l'administration française.

Quand on est tétraplégique et qu'on habite seul dans son logement, le quotidien est tout autre. Il faut prévoir quelqu'un pour nous accompagner dans tous nos déplacements, prévoir un transport et un accompagnant trois semaines à l'avance si l'on veut sortir ­ce qui nous oblige à avoir un emploi du temps draconien. Si l'un de ces maillons vient à sauter, tout peut être remis en cause. Autant de problèmes que ne rencontre évidemment pas le personnage de François Cluzet. Car le fait d'être riche fait toute la différence : quand on peut tout se payer, tout redevient possible.

 

 

Un monde sans pitié :

 

Ce film traite également de manière drôle et légère des questions relevant de l'intimité des personnes handicapées. Quand Driss vient récupérer le courrier et qu'il tombe sur les enveloppes bleues de la correspondance amoureuse de Philippe, il n'hésite pas à l'inter­roger tout de suite sur sa sexualité. Un sujet tabou, mais bien réel. J'ai beaucoup aimé qu'ils osent en parler : il fallait qu'ils le fassent et je trouve cela exemplaire... En revanche, je n'ai pas aimé la scène du thé quand Driss lui ren­verse exprès du liquide bouillant sur la jambe : gare à ce qu'un auxiliaire de vie mal formé pourrait ensuite faire avec nous !

La plupart des scènes m'ont bien fait rire. Par exemple, celle où Driss ne veut pas mettre les bas de contention à Philippe. Le fait que ce soit avant tout une comédie m'a beaucoup plu. Cela contribue à faire pas­ser un message essentiel : les personnes handicapées sont des êtres humains à part entière. Alors, tant pis si la réalité du handi­cap est un peu enjolivée.

Ce film a le mérite d'attirer l'attention sur le fait que le handicap peut atteindre tout un chacun du jour au lendemain, quel que soit son âge, son statut social, qu'il soit pauvre ou riche... On peut ainsi brusquement bas­culer dans une situation où le regard des autres devient insupportable.

Dans le film, quand un ami lui dit que la banlieue est un monde sans pitié, Philippe répond : « C'est exactement ça qu'il me faut. » Il a raison : c'est tout, sauf de la pitié, dont nous avons besoin.

Caroline Gauthier

 

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