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Entretien avec Patrick GOHET, Président du CNCPH " par Hélène de Compiègne "LE CNCPH ACCOMPAGNE LA NOUVELLE POLITIQUE DU HANDICAP" (Réadaptation n°574 - Les services à la Personne - Onisep - CNIR - Novembre 2010)


LE  CNCPH  ACCOMPAGNE  LA  NOUVELLE  POLITIQUE  DU  HANDICAP

Hélène de Compiègne

"L'aspiration de tout citoyen est de faire l'objet de solutions personnalisées"

Entretien avec Patrick Gohet, président du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH)

 

 

 

Les services à la personne font partie des préoccupations du Conseil national consultatif des personnes handicapées. Son président évoque pour Réadaptation les besoins et les attentes des bénéficiaires. Il insiste sur leur nécessaire implication dans l'accompagnement proposé par les auxiliaires de vie.

 

La même année, en 2005, ont été promulguées la loi dite Borloo, accompagnée du plan de développement des services à la personne (SAP), et la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Quelle a été l'incidence conjuguée de ces deux lois ?

 

Au cours des dix dernières années, la politique du handicap a évolué avec pour objectif d'apporter des réponses individuelles personnalisées. Tel est l'esprit qui préside à la loi de 2002 sur les institutions sociales et médico-sociales. La loi de février 2005 conforte cette approche en la généralisant. La politique du handicap d'aujourd'hui consiste à apporter à chaque personne handicapée, enfant ou adulte, une réponse adaptée à son état et sa situation.

 

Dans le même temps, la société française a développé la politique des services à la personne. L'aspiration première de tout citoyen d'aujourd'hui, qu'il soit handicapé ou pas, est de faire l'objet de solutions individuelles personnalisées. Cette évolution correspond bien, tant dans la vie ordinaire que dans les institutions, à l'évolution de la société.

 

Autre élément important, les textes d'application de la loi de 2005 mettent en place la compensation individuelle. Le service à la personne est une des formes que la compensation individuelle nécessaire à une personne handicapée peut prendre.

 

Par ailleurs, les personnes handicapées sont de plus en plus nombreuses, quel que soit leur handicap, à vouloir vivre dans leur domicile propre. Il leur faut donc des aménagements matériels, mais aussi un accompagnement. Pourvu qu'il soit spécialisé, ce dernier constitue la réponse à cette aspiration à la vie à domicile.

 

Ces trois approches de fond légitiment la création et l'existence de services à la personne. Ceux-ci se sont multipliés et le secteur du handicap s'est organisé de façon à disposer d'outils qui permettent d'apporter des réponses adaptées, comme Handéo. C'est certainement la plateforme la plus dédiée au handicap, mais beaucoup d'autres n'ignorent pas les besoins des personnes handicapées.

 

 

Quel est le rôle du CNCPH dans le champ des services aux personnes handicapées?

 

La mission du CNCPH est d'accompagner la mise en oeuvre de la nouvelle politique du handicap. Bien évidemment, la question des services à la personne fait partie de ses préoccupations. Un des groupes de travail, présidé par la représentante de l'Union nationale de l'aide, des soins et des services au domicile (UNA), Christiane Martel, traite de la vie à domicile. Le service à la personne concerne principalement la vie à domicile, mais pas uniquement. C'est ainsi qu'un autre groupe traite de l'accès aux soins qui peut aussi nécessiter le recours à des services à la personne.

 

 

Quels sont ses moyens d'intervention ?

 

Le CNCPH a commencé il y a un an une nouvelle mandature de trois ans. Dans un premier temps, des commissions thématiques et des groupes de travail ont été constitués. Chacun a fait une proposition de programme de travail, notamment dans la perspective de la deuxième conférence nationale du handicap qui constitue une échéance importante et qui pourrait se tenir en juin 2011. Le conseil a voulu que cette question de la vie à domicile et de la réponse personnalisée soit au cœur des réflexions et des propositions.

 

 

Le développement actuel des services à la personne répond-il aux besoins et aux attentes des personnes handicapées, tant sur le plan quantitatif que qualitatif ?

 

Le handicap, quel qu'il soit, nécessite souvent un accompagnement qui ne consiste pas à se substituer à la personne, mais qui l'aide à prendre ses décisions et à les mettre en œuvre.

Il peut y avoir une tendance forte à décider à la place de la personne handicapée, notamment dans le cas d'un handicap mental, psychique ou cognitif. Même si elle a besoin d'être aidée, la personne handicapée doit être associée et adhérer à la décision. Évidemment, dans certains cas très lourds c'est difficile, mais quand elle le peut, il faut que la personne handicapée comprenne ce qu'on envisage de faire pour elle et avec elle, et qu'elle y adhère.

Dans le cas d'un handicap moteur, visuel ou auditif, il s'agit surtout d'aider la personne à mettre en pratique la décision qu'elle a prise. Il est très important que les acteurs du service à la personne comprennent bien cette exigence déontologique. C'est presque une question d'éthique professionnelle.

 

 

Pour en revenir au handicap mental, il est acquis que ce sont des personnes pour qui la compensation du handicap porte beaucoup sur l'accompagnement Or, on s'aperçoit qu'au final les personnes handicapées mentales reçoivent très peu d'heures d'aides humaines par rapport à d'autres formes de handicap...

 

Quand on parle du service à la personne, on évoque un service de droit commun qui s'adapte à la diversité de la population. Dans le domaine du handicap mental, beaucoup de personnes sont accueillies en institution ou bénéficient de services d'accompagnement à la vie sociale qui interviennent au domicile, qui aident la personne à faire les bons choix quand elle va faire les commissions, à respecter les heures de repas...

 

 

Un point n'a pas été abordé : l'accompagnement des enfants handicapés à l'école et en dehors de l'école...

 

À l'origine, l'auxiliaire de vie scolaire était dédié à la seule scolarisation. Aujourd'hui, on s'oriente vers une formule transversale qui couvre ce qui se passe à l'école et à l'extérieur de l'école, en particulier à la maison. Cela peut se discuter mais ça correspond aussi à la réalité de la vie. C'est à ce titre que les grandes associations de services à la personne, comme l'UNA, ont signé une convention avec le ministère de l'Éducation nationale. Cette évolution peut se comprendre .En effet, il ne doit pas y avoir de rupture entre la vie à l'école et la vie au domicile des parents, il faut qu'il y ait de la cohérence. En même temps, il ne faut pas sacrifier la dimension de l'aide à la scolarisation.

 

 

Les besoins en formation sont-ils exactement les mêmes entre l'accompagnement à l'école et au domicile ?

 

Il y a certainement des bases communes mais ce n'est pas tout à fait la même chose d'accompagner dans la rue ou à la maison et d'accompagner à l'école. L'accompagnement au domicile va forcément devoir répondre à des sollicitations que l'on ne trouve pas à l'intérieur de l'enceinte scolaire. Ce sont des métiers à la charnière entre l'école et la cité. Il faut être vigilant et bien accompagner leur évolution. La formation doit être en correspondance avec le besoin, et être liée à des exigences de prédisposition professionnelle.

 

 

Quelle place pour les aidants familiaux ?

 

Les aidants familiaux peuvent avoir besoin d'être aidés, ne serait-ce que de temps en temps pour bénéficier d'un répit. Des structures d'accueil temporaires existent, mais leur nombre n'est certainement pas suffisant. Ce sont des structures, alors que quand on parle de service à la personne, cela évoque une intervention plus légère. On pourrait concevoir des services à la personne qui interviennent sur une demi- journée ou une journée, pendant le week-end, pour permettre aux aidants familiaux de souffler.

 

 

Le développement des services à la personne suit-il la logique du maintien à domicile et de la désinstitutionalisation ?

 

Ces services sont appelés à se développer mais il ne faut pas qu'ils deviennent la réponse exclusive. Pour le handicap psychique et dans le cas de handicaps lourds, il faut être vigilant. Une tendance actuelle consiste à balayer les institutions et à recourir exclusivement à des solutions de la vie ordinaire. Le système pertinent est celui qui apporte à la personne une réponse adaptée qui peut évoluer. Dans certains cas, le handicap s'aggrave, dans d'autres, au contraire, les effets du handicap se réduisent par l'aide dont la personne bénéficie. Le service à la personne n'est pas la réponse exclusive. Pour certains, il est très en deçà du besoin et la réponse adaptée est l'institution ou un service très spécialisé qui intervient au domicile.

 

 

En conclusion ?

 

Il faut installer la politique du handicap dans l'évolution générale de la société. Le recours aux services à la personne fait partie de cette évolution, et la personne handicapée doit pouvoir en bénéficier comme les autres citoyens.

 

 

 

Hélène de Compiègne

 

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