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Marcel NUSS "l'adaptation de la loi est possible " (Réadaptation N°559 Avril 2009)


L'ADAPTATION DE LA LOI EST POSSIBLE

 

Dans cette interview, Marcel Nuss qui est à l'origine de « Coordination Handicap et Autonomie » s'exprime avec la langue de la vérité, sur un sujet que trop souvent on occulte dans certains milieux.

 

Quelles sont les raisons qui vous ont amené à créer un Collectif ?

D'une part, il y a 30 ans, alors que j'étais hospitalisé depuis trois ans dans un service de réanimation médicale, j'ai un jour disjoncté. En fait, ce jour-là, en pleine crise de frustration, et alors que j'avais une érection douloureuse, je me suis arrangé pour faire venir une aide-soignante dans ma chambre et pour lui faire voir mon érection en l'amenant à me découvrir, par exaspération et désarroi ─ depuis des années j'étais entouré d'un personnel soignant ayant mon âge et pour lequel j'étais très souvent le confident de leur vie affective et parfois sexuelle, alors que l'inverse était constamment impossible. La jeune femme a rigolé, plaisanté avant de repartir vite fait. Quant à moi, la honte que je le senti à ce moment-là ne m'a jamais quitté, à tel point que je n'ai narré cette anecdote pour la première fois que lors du colloque de Strasbourg en 2007. Pourquoi ai-je fait cela ? Pour montrer à une femme que je suis normal ? J'avoue que je ne sais pas mais que cet événement à jouer un rôle inconscient important dans ma détermination à faire aboutir la reconnaissance et la mise en place de l'accompagnement à la vie affective et sexuelle en France d'ici 2010 au plus tard.

D'autre part, courant 2005, j'en ai eu assez de constater que rien n'avançait en France en matière d'accompagnement à la vie affective et sexuelle, que les réponses apportées étaient parcimonieuses et parcellaires, qu'elles découlaient uniquement d'initiatives isolées et humanistes et non d'une politique globale, alors que dans d'autres pays ça fonctionnait parfois depuis plus de 20 ans. Et j'ai senti à cette époque que la conjoncture sociale et politique était favorable à une mise en lumière de cette problématique. J'ai senti qu'il fallait faire quelque chose en m'appuyant sur certaines associations avec lesquelles je travaillais déjà plus ou moins étroitement. C'est ce qui s'est produit.

Pensez-vous être amené à accueillir d'autres associations que celles qui les composent actuellement ?

Il est évident et indispensable que d'autres associations viennent se joindre à nous dans le collectif. Ne serait-ce que pour mettre en avant et défendre la spécificité et les besoins spécifiques des personnes ayant un handicap autre que physique. Le collectif en l'état ne prétend pas être omniscient. Toutefois, il nous a semblé primordial de mettre en place des fondements de l'accompagnement à la vie affective et sexuelle, avant d'aller vers un élargissement pour éviter toute dispersion car le sujet est trop délicat pour s'engluer dans une certaine cacophonie.

Quels sont les travaux, plus spécialement ceux relatifs à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées, qui sont en cours de réalisation et ceux qui sont dans vos projets ?

Nous travaillons depuis la création du collectif handicap et sexualité [CHS] avec le délégué interministériel, Patrick Gohet. Nous accompagnons également trois expérimentations dans trois départements différents. Nous avons l'intention, au début de l'année prochaine, de voir de plus près quelle forme d'accompagnement à la vie affective et sexuelle est proposée dans d'autres pays. Nous souhaitons faire travailler des juristes dans le domaine plus spécifique du code pénal dans l'optique d'une adaptation de celui-ci permettant la reconnaissance de l'accompagnement sexuel sans pour autant ouvrir la porte à une légalisation ou même un assouplissement de notre juridiction en matière de prohibition de la prostitution. Enfin, nous allons lancer, durant le premier semestre, une « enquête d'opinion » auprès de toutes les parties prenantes susceptibles d'être concernées par cette problématique, une enquête qui ne sera pas exhaustive mais, espérons-nous, nous donnera des indications concrètes et pertinentes.

Quelles sont vos demandes auprès des Pouvoirs publics ?

Pour l'instant, le soutien du délégué interministériel est essentiel à la mise en œuvre de ce projet. À terme, les pouvoirs publics devront décider de la meilleure solution à adopter afin d'offrir à tous les acteurs de l'accompagnement sexuel une protection juridique.

Plus spécialement, sur ce problème difficile des aides sexuelles où en êtes-vous de vos démarches auprès des Pouvoirs publics. Pensez-vous qu'on puisse sur ce sujet adapter la loi de telle sorte qu'il n'y ait pas de confusion avec de la prostitution ?

L'adaptation est possible et indispensable si nous voulons concrétiser ce projet. Les pouvoirs publics en sont conscients et sont prêts, en temps et en heure, à faire leurs parties du travail. Des rencontres sont d'ailleurs prévues à cet effet.

Estimez-vous que dans les établissements qui reçoivent des personnes handicapées moteurs, les règlements intérieurs concernant la vie affective et sexuelle des personnes handicapées moteurs ont été assouplis ?

En théorie, oui. En pratique, c'est beaucoup moins sûr pour le moment. Il y a encore trop de freins et trop de frilosité. Il y a une importante éducation et sensibilisation à faire au niveau du personnel de ces établissements.

Estimez-vous qu'il y a encore des progrès à faire ?

Oui, au niveau des mentalités. Et du regard que l'on porte sur les personnes dites handicapées et/ou en situation de dépendance. Autant les termes « handicapé » et « dépendance » sont stigmatisants donc rédhibitoires, voire contradictoires, avec toute idée de sexuation de ces personnes, autant l'accentuation sur la personne, son altérité en somme, sont incarnants et humanisants, donc « sexuants ».

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