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Interview de Marcel NUSS "L'accompagnement affectif et sexuel" (Réadaptation septembre/octobre N°553)


 

 

L'accompagnement affectif et sexuel

 

Interview de Marcel NUSS - Coordination handicap et autonomie

 

« L'accompagnement à la vie affective et sexuelle va être développé en France dans les deux prochaines années, c'est la raison de la création du Collectif « Handicap et sexualités ».

 

L'organisation d'un colloque à Strasbourg sur « Dépendance physique : intimité et sexualité » a-t-il débouché sur des décisions concrètes ?

Il a débouché sur plusieurs éléments concrets :

-la création du Collectif "handicaps et sexualités", lancé officiellement le 7 mars au Sénat ;

-un livre paru chez Dunod le 5 mars intitulé "Handicaps et sexualités : le livre blanc" ;

-l'intérêt rapide de la Délégation interministérielle pour notre travail puis son implication directe au travers de réunions régulières dans ses locaux, à partir de décembre 2006.

 

La législation française n'est-elle pas trop restrictive en matière d'accompagnement érotique ou sexuel ?

Oui et non. La prostitution est légale en France mais le problème réside dans l'illégalité du racolage et du proxénétisme. De ce fait, toute personne acceptant d'assumer le rôle d'intermédiaire entre une prostituée et une personne handicapée risque d'être poursuivie pour le délit de racolage.

Néanmoins, des analyses de juristes ont démontré qu'il est possible de déverrouiller ce frein sans pour autant légaliser la prostitution, comme le craignent certains, ce qui n'est absolument pas notre souhait, ni du Délégué interministériel, Patrick Gohet, et des politiques qui le soutiennent.

Je renvoie le lecteur au livre "Handicaps et sexualités" pour davantage de précisions.

 

Retrouve-t-on la même situation dans les autres pays européens, notamment les pays nordiques et la Suisse ?

Non. Pour des raisons de culture et de juridiction différentes. Dans ces pays, la conjoncture est plus souple mais, entré dans les détails, serait trop long. Il faut savoir qu'aux Pays-Bas, par exemple, la prostitution est légale, ce qui explique pourquoi l'accompagnement sexuel y est apparu dès 1980. Je me permets également de renvoyer les lecteurs vers "Handicaps et sexualités" pour plus de précisions.

 

Quels types d'accompagnement sexuel préconisez-vous pour la France ? Vous paraît-il nécessaire de changer la législation ?

Il ne faut pas changer la législation mais l'adapter. Par exemple, ajouter la précision suivante dans le décret 2005-1591, du 19 décembre 2005, à l'annexe 2-5, à l'énumération des différents actes essentiels : "... actes liés à l'entretien personnel, actes liés aux déplacements, actes liés à la participation à la vie sociale, actes liés à la vie intime".

Quant au type d'accompagnement sexuel préconisé, il devra tenir compte de l'environnement culturel. Car il n'est pas question de heurter les esprits ni de choquer qui que ce soit. Le but de l'accompagnement sexuel étant d'apporter un soulagement à la personne handicapée le souhaitant, non de lui offrir un idéal que seul la rencontre de l'âme soeur est susceptible d'apporter, comme chez tout un chacun. En ce sens, l'accompagnement sexuel n'est pas la réponse mais une réponse proposée à une demande précise.

Cette réponse sera constituée, très probablement, d'écoute, de massages et, éventuellement, de masturbation, si la personne en exprime le désir. Mais il ne sera, en aucun cas, préconisé d'aller jusqu'à l'acte total, c'est-à-dire la pénétration pour éviter toute confusion avec la prostitution et pour ne pas mettre les accompagnants sexuels en difficulté personnel - ils vivent régulièrement en couple. Cependant, il n'est pas non plus question d'interdire cette éventualité de façon contractuelle, car elle relève de la liberté de deux protagonistes ; comme j'ai pour habitude de le dire : ce qui se passe dans une chambre ne regarde personne.

 

Quelles ont été les attentes et demandes des personnes réunies à votre colloque de Strasbourg ?

La première attente des personnes présentes au colloque était d'ordre humaniste. Il s'agissait d'abord d'évoquer une réalité humaine et sociale, avant même d'envisager des solutions. Il était urgent de comprendre et d'appréhender une réalité intangible et essentielle : la sexuation des personnes en situation de dépendance. Mais cela ne pouvait pas et ne devait pas se faire par les intéressés eux-mêmes. Le collectif â l'origine du colloque était unanime sur ce point. Pour cette raison, un tiers des participants était composé de personnes handicapées.

Ceci donnera tout son poids aux attentes et aux demandes de tous les participants. La parole donnée, enfin, aux personnes handicapées elles-mêmes éclairera le débat d'une dimension nouvelle qui fera écho auprès des professionnels de l'accompagnement à la personne, et vice versa. De plus, la présence d'assistants sexuels, venus d'Allemagne et de Suisse, ancrera le débat dans la réalité de l'accompagnement à la vie affective et sexuelle.

 

Des aidants peuvent être sollicités par des personnes handicapées pour les aider à avoir une relation érotique ? À terme cette possibilité vous paraît-elle pouvoir être développée en France ? Les aidants ne devraient-ils pas recevoir une formation spécifique ? Par ailleurs, ces aidants doivent- ils être différenciés de ceux qui accompagnent la personne dans sa vie quotidienne ?

Avant tout, il est intéressant de noter qu'au sein du collectif une réflexion est menée autour de la dénomination des "aidants". Faut-il les appeler "assistants sexuels", la dénomination internationale, ou "accompagnants sexuels", comme nous sommes plusieurs à le souhaiter, afin de ne pas faire l'amalgame avec le mot "assistanat" et/ou "assistance" qui ont des connotations négatives en France, et particulièrement chez les personnes handicapées ? Quoi qu'il en soit, je pense que de la dénomination choisie découlera également l'approche qui déterminera le contenu et les modalités d'application de l'accompagnement à la vie affective et sexuelle.

Cela étant, bien sûr que les accompagnements à la vie affective et sexuelle va être développé en France dans les deux prochaines années. C'est d'ailleurs la raison de la création du Collectif "Handicaps et sexualités", et la promesse faite à l'issue du colloque de Strasbourg. De plus, le fait que nous ayons le soutien et la collaboration de la délégation interministérielle est une preuve supplémentaire, s'il en était besoin, de l'avancée indéniable et inéluctable en la matière.

En ce qui concerne la formation spécifique des "accompagnants sexuels" à proprement parler, elle est impérative. C'est primordial pour l'équilibre de l'accompagnant et le bien-être de l'accompagné. De même, la sélection des candidats au métier de l'accompagnement sexuel doit être très stricte pour prévenir tout dérapage, car ce n'est pas "donné" à tout le monde de s'engager dans une voie qui implique la personne dans son intégralité, dans ce qu'il y a de plus intime, donc de plus sensible.

Du reste, la différenciation que vous évoquez dans votre question est essentielle, si l'on veut éviter les dérapages provoqués par la confusion des rôles. En effet, on imagine aisément la position délicate d'une personne qui ferait à la fois de l'accompagnement à la personne et de l'accompagnement sexuel dans le même service.

 

Quelle réflexion portez-vous sur tout ce qui a trait à l'affectivité et la sexualité dans les institutions ?

En milieu institutionnel, l'affectivité et la sexualité des personnes est encore trop fréquemment étouffées ou niées, bien qu'ils soient un vecteur vital d'humanisation, d'équilibre et d'autonomie. Que l'on soit handicapé ou (trop) âgé, l'affectivité et, plus encore, la sexualité sont déniées au détriment du bien-être et de l'intégrité des personnes. Or, en tout lieu et, peut- être, plus particulièrement en milieu institutionnel - censé être un lieu de vie, ne l'oublions pas -, le respect des personnes accompagnées et l'humanité indispensable si l'on ne veut pas dériver vers ou cautionner, au mieux, un assistanat confortable et, au pire, une maltraitance passive et insidieuse ou la personne n'est que l'objet d'une attention plus ou moins professionnelle, au lieu d'être le sujet de l'attention.

Cependant, il faut admettre que la juridiction actuelle ne facilite pas la tâche du personnel et des directeurs d'établissement pour répondre aux besoins d'accompagnement sexuel des résidents en demande. Ce qui n'empêche pas certains de faire passer l'humanité d'autrui avant leur propre sécurité.

Mais cette humanité "précaire" et peu satisfaisante pour les parties prenantes, quelles qu'elles soient, doit trouver un cadre légal et reconnu, un cadre répondant à toutes les attentes et à tous les besoins. Car tout le monde ne veut pas nécessairement bénéficier d'un accompagnement sexuel, alors que la majorité des personnes en attente sont en demande d'un espace d'écoute, de paroles et d'information.

 

 

 

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